Alimentation . plaisir

Soda et Microbiote ?
Page en cours d’écriture. D’ici quelques jours, elle sera complétée côté microbiote.
Sodas et boissons light : un danger pour le diabète de type 2 ? L’avis de la FFD après l’enquête de l’Inserm.
27/01/2014
Une enquête de l’Inserm indique qu’il n’y aurait pas de différence entre les boissons sucrées et leurs analogues light sur l’émergence du diabète de type 2. Le light serait même pire et en revanche, boire du jus de fruit n’aurait pas d’impact.
Les résultats de cette étude sont plutôt surprenants car la plupart des autres études montrent au contraire que les boissons très sucrées et les jus de fruits font grossir, qu’ils sont, sur des terrains prédisposés, des facteurs favorisant le diabète de type 2 et que les boissons light, elles n’auraient pas ces inconvénients.
La conséquence logique de cette nouvelle étude serait le retrait immédiat de toutes les boissons light, pour enrayer l’épidémie de diabète.
Position de l’FFD suite à l’enquête initiée par l’INSERM portant sur le rôle des boissons sucrées édulcorées et jus de fruit sur l’incidence du diabète de type 2.
Plutôt que de discréditer ces résultats, nous préférons en pointer les limites et exprimer nos principales interrogations.
Des informations manquantes sur la cohorte
La principale question est de savoir quel est le profil moyen de la cohorte de patientes. Elles sont françaises et enseignantes, certes mais :
- l’impact des boissons light serait-il différent chez les hommes ?
- aucune information précise n’indique leur âge, leurs habitudes de vie et leur consommation.
La donnée principale de l’étude : « quels sont vos apports en différentes boissons ? » est ainsi renseignée de façon floue. La technique du questionnaire rend, de plus, précaire tous les autres facteurs étudiés y compris l’activité physique, le tabac, l’alcool, les prédispositions familiales etc…
Les types d’édulcorants consommés ne sont pas précisés : est-ce de l’aspartame, de la saccharine, du sucralose, de l’acésulfam K ou la plus récente stévia ? Les édulcorants donneraient donc tous les mêmes résultats ? Certaines études ont pourtant montré de larges différences entre ces catégories d’édulcorants.
Les limites de ces études pointées par ses propres auteurs
Les auteurs eux-mêmes précisent : « nous ne pouvons exclure que d’autres facteurs que le fait de consommer des sodas light, et qui n’ont pas été étudiés, soient responsables de l’augmentation du diabète de type 2 et des essais randomisés sont nécessaires pour montrer une relation causale entre la consommation de boissons light et le diabète de type 2 ».
Ils conviennent également qu’il faudrait faire une étude prospective randomisée avec un groupe témoin sur plus de 10 ans avec des dizaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, il ne semble pas qu’une telle étude puisse être financée.
En conclusion :
Cette étude de l’Inserm pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Il ne faut pas confondre le rôle des boissons light dans la survenue du diabète de type 2 avec l’utilité de ces boissons dans la qualité de vie des diabétiques (types 1 et 2).
Il ne peut y avoir d’ambiguïté pour une personne déjà atteinte de diabète : boire une vraie boisson sucrée élève très fortement la glycémie et boire une boisson light n’a pas cet inconvénient majeur.
Bien évidemment, les excès sont néfastes, qu’il s’agisse de boissons sucrées ou édulcorées.
Source
« Consumption of artificially and sugar sweetened beverages and incident type 2 diabetes in the E3N-EPIC cohort »
Guy Fagherazzi, PhD; Alice Vilier, MSc; Daniela Saes Sartorelli, PhD; Martin Lajous, ScD; Beverley Balkau, PhD; Françoise Clavel-Chapelon, PhD.
Pour aller plus loin coté littérature scientifique

Les édulcorants artificiels non caloriques (NAS) comptent parmi les additifs alimentaires les plus utilisés dans le monde, consommés régulièrement aussi bien par les personnes maigres que par les personnes obèses. La consommation de NAS est considérée comme sûre et bénéfique en raison de sa faible teneur calorique, mais les données scientifiques à l’appui restent rares et controversées. Nous démontrons ici que la consommation de formulations de NAS couramment utilisées favorise le développement de l’intolérance au glucose par l’induction de modifications compositionnelles et fonctionnelles du microbiote intestinal. Ces effets métaboliques délétères médiés par le NAS sont annulés par traitement antibiotique et entièrement transférables aux souris exemptes de germes lors de la transplantation fécale de configurations de microbiotes de souris consommant des NAS, ou de microbiotes incubés anaérobies en présence de NAS. Nous identifions des voies métaboliques microbiennes modifiées par le NAS liées à la susceptibilité de l’hôte aux maladies métaboliques, et démontrons une dysbiose et une intolérance au glucose induites par le SAN similaires chez des sujets humains en bonne santé. Collectivement, nos résultats relient la consommation de NAS, la dysbiose et les anomalies métaboliques, appelant ainsi à une réévaluation de l’utilisation massive du NAS.
Voici un résumé des données PubMed les plus solides sur les sodas light (édulcorants artificiels) et le microbiote intestinal.
Ce que montrent les études
1. Première étude marquante (Nature, 2014)
L’équipe de Jotham Suez a montré que certains édulcorants artificiels (saccharine principalement) pouvaient induire une intolérance au glucose chez la souris via des modifications du microbiote intestinal. Chez certains humains, des changements du microbiote et de la réponse glycémique ont également été observés.
2. Les effets dépendent de l’édulcorant
Les données suggèrent que :
- la saccharine est l’édulcorant le plus souvent associé à des modifications du microbiote ;
- le sucralose pourrait également modifier certaines populations bactériennes ;
- les résultats concernant l’aspartame sont plus contradictoires.
3. Chez l’humain, les résultats sont variables
Un essai contrôlé chez des adultes sains n’a trouvé que peu ou pas de modification majeure du microbiote après 14 jours de consommation réaliste d’aspartame ou de sucralose.
D’autres travaux plus récents montrent que certaines personnes semblent être plus sensibles que d’autres aux effets des édulcorants sur le microbiote et la glycémie.
Quels changements du microbiote sont observés ?
Selon les revues scientifiques récentes :
- diminution possible de certaines bactéries bénéfiques (Lactobacillus, Bifidobacterium) ;
- augmentation de certaines bactéries associées à l’inflammation ou aux perturbations métaboliques ;
- modification de la production d’acides gras à chaîne courte (SCFA), importants pour la sensibilité à l’insuline et la santé intestinale.
Lien avec le diabète
L’hypothèse actuelle est :
Édulcorants → modification du microbiote → altération du métabolisme du glucose → augmentation possible du risque de résistance à l’insuline chez certaines personnes.
Mais ce mécanisme est surtout démontré chez l’animal. Chez l’humain, les preuves restent insuffisantes pour conclure que les sodas light causent directement le diabète par le microbiote.
Conclusion pratique
Le consensus actuel dans la littérature PubMed est :
- les édulcorants des sodas light peuvent modifier le microbiote intestinal ;
- l’effet semble dépendre de l’édulcorant, de la dose et de la personne ;
- les preuves sont plus fortes chez l’animal que chez l’humain ;
- il n’est pas démontré qu’une consommation modérée de soda light provoque directement un diabète via le microbiote.
Les références PubMed les plus importantes à lire sont :
- Suez et al., Nature 2014 – Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota.
- Ahmad et al., Nutrients 2020 – essai clinique sur aspartame et sucrases.
- Conz et al., 2023 Effet des édulcorants non nutritifs sur le microbiote digestif
- Del Pozo et al., 2022 Effets potentiels du sucralose et de la saccharine sur le microbiote intestinal : un avis
